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Le deuil périnatal : la fin de l'innocence.

Crédit photo : Sarah Tailleur Photographe
Le deuil périnatal : la fin de l'innocence.
Dès le test de grossesse, dès l'apparition de la deuxième petite ligne, celle qui indique que la vie s'est taillé une place dans notre bedon, une fois de plus, on remarque un changement d'attitude.

Suite à un deuil périnatal, il n'y a plus d'innocence : un test de grossesse positif ne signifie pas qu'on aura, 9 mois plus tard, un bébé rose dans les bras. En fait, il n'y a jamais de garantie de bébé vivant. Et ce constat est valide pour toutes les femmes... la seule différence c'est que celles qui ont connu la perte connaissent la douleur. Et la douleur rend le concept de « risque » beaucoup plus concret et affolant.

Mais là n'est pas le sujet du texte. Le sujet vient après la grossesse. 

Donc suite à une superbe grossesse de 37 semaines, mon bébé est né. Un beau gros garçon en santé qui a hurlé à pleins poumons dès sa sortie pour me montrer qu'il était bien en vie, lui. Dès ce moment, j'ai su. Su que la vie de mon deuxième fils serait liée à celle de mon premier fils, décédé à 34 semaines de grossesse. 

Alors tout le monde se dit que je dois être la plus heureuse des femmes. Après tout, mon bébé est né et bien vivant. 

Mais célébrer la naissance d'un bébé arc-en-ciel ou d'un bébé espoir (appelez le bébé qui vient après un deuil périnatal comme vous voulez) c'est aussi être confrontée à l'absence de l'enfant précédent chaque jour... 

C'est de remercier le ciel d'avoir un bébé grouillant à aimer tout en sachant très bien que si le bébé précédent avait été vivant, celui-ci ne serait pas là. C'est de me refuser d'avoir envie de me plaindre, parce que j'aurais tellement voulu vivre des nuits blanches et des pleurs de bébé avec mon ange et me demander si je ne pardonnerai pas tout trop facilement à mon nouveau bébé pour cette raison.

C'est de dire merci à la vie. À la maudite chienne de vie que j'ai tant détestée l'an dernier parce qu'elle m'avait enlevé mon bébé. C'est de répondre 4 à la question « Ça vous en fait combien? » quand c'est posé par un inconnu avec qui je ne veux pas éterniser la conversation et devoir faire avec cette petite voix intérieure qui me dit que je trahis mon bébé décédé. Bref c'est d'aimer à la folie ce petit être qui gazouille dans ma maison, mais aussi me rendre compte que l'autre n'a jamais été là et qu'il ne sera jamais là non plus.

C'est une dualité dans les sentiments qui est indescriptible avec laquelle je devrai composer toute ma vie et avec laquelle trop de femmes ont à composer malheureusement. Mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas heureuse! Cela veut seulement dire que je n’oublierai jamais mon bébé parti trop tôt! (et c'est tellement correct comme ça!)