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Arrival : survivre à la perte d'un enfant

Crédit photo : Arrival/Facebook
Arrival : survivre à la perte d'un enfant
Alerte aux spoilers : si vous n’avez pas vu le sublime film Arrival  de Denis Villeneuve et que vous prévoyez de le faire (VITE! Dépêchez-vous!), je vous conseille d’interrompre votre lecture maintenant et de la reprendre une fois le film vu. 
 

Crédit : Arrival/Facebook

Bon. Maintenant que c’est fait, si vous avez vu le film et que vous avez des enfants, j’imagine que comme moi, vous avez dû avoir les yeux pleins d’eau à plusieurs reprises. Vous avez peut-être versé des torrents de larmes quand vous avez compris que le personnage principal, Louise, qui avait acquis la capacité de voir le futur, a choisi d’avoir sa fille même si elle savait qu’elle allait mourir quelques années plus tard. Vous avez probablement inondé la salle aussi quand vous avez compris que son amoureux, quand il l’a appris, n’a pas pu supporter la nouvelle et a quitté la maison, incapable de pardonner Louise qui avait pris la mauvaise décision selon lui. Incapable de regarder sa fille de la même manière.

Quand le générique de fin a commencé, j’ai pleuré. Pas juste de jolies larmes silencieuses et élégantes, non non, de gros sanglots morveux. Je suis orgueilleuse, alors je me suis calmée rapidement, mais je pense sincèrement que j’aurais pleuré pendant une demi-heure si j’avais été à la maison. La mort d’un enfant, c’est le pire cauchemar que je puisse imaginer. Et la question que soulève le film est tellement cruelle : si vous saviez que votre enfant allait mourir, est-ce que vous l’auriez quand même? Est-ce que quelques années de bonheur valent des décennies de peine? Dans le film, Louise a cru que oui. Son amoureux a cru que non.

J’ai pleuré devant la beauté triste du film, mais j’ai aussi pleuré pour toutes ces familles qui sont réellement confrontées à ce choix. Tous ces parents qui apprennent pendant la grossesse que quelque chose cloche. Qu’une maladie va probablement écourter la vie de l’enfant qu’ils ont tant espéré et pas encore serré dans leurs bras. Qu’avant même de s’imposer dans toute son indescriptible ampleur, cet amour insensé a une date d’expiration.

J’ai pleuré en repensant à cet après-midi passé au salon funéraire, il y a quelques années. Un collègue proche de mon amoureux venait de perdre sa fille. Leucémie. Je me souviens comme si c’était hier du regard voilé de tous les adultes présents, qui manquaient de mots. Quoi dire devant l’impensable? Je me souviens des enfants qui riaient, qui couraient, qui nous rappelaient que la vie continue, que le monde continue de tourner malgré tout. Leurs rires faisaient du bien et faisaient mal à la fois. Pourquoi elle? 

En sortant du cinéma, j’ai pensé à ce papa endeuillé. Ce papa qui en serait peut-être mort lui aussi s’il n’avait pas eu son autre fille, cette petite qui venait de perdre sa grande sœur, cette petite qui avait besoin que ses parents survivent, que son monde continue de tourner, malgré tout. Après le film, je n'ai pas pu m'empêcher de me poser l’horrible question : s’il avait su que sa fille allait mourir, est-ce qu’il l’aurait eue quand même? Est-ce qu’il aurait trouvé que ces quelques années de bonheur valaient la peine qui doit encore l’habiter aujourd’hui (et pour toujours)?

Je ne lui poserai jamais la question, mais je crois connaître la réponse. Quand je plonge mon nez dans le cou de mon fils, quand il m’embrasse en riant, quand il se blottit contre moi comme si j’étais le plus doux des refuges, la réponse s’impose à moi.