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Ma cadette m'a réconcliée avec mon rôle de mère : la suite

Crédit photo : chuanpis/Shuterstock
Ma cadette m'a réconcliée avec mon rôle de mère : la suite
Dans mon texte précédent, je vous parlais de mes deux filles, principalement de ma cadette qui m’a  réconciliée avec mon rôle de mère. Mes lecteurs assidus m’ont écrit pour me demander pourquoi est-ce Livia qui a joué ce rôle, alors qu’avant elle, est né Justin? Est-ce parce que c’est un garçon et non une fille? Non, je vous rassure, le genre de l’enfant n’a rien à voir.

Ariane, mon aînée, et Justin ont à peine quatorze mois de différence. Il avait sept mois quand j’ai compris que sa sœur cumulerait les diagnostics. Je refusais ce constat. Ma fille ne serait pas comme ça! Pas ma fille à moi. Elle n’avait pas encore deux ans donc j’ai entrepris de renverser ses hypothétiques diagnostics. Ma fille, elle rattraperait son retard de développement, elle rentrerait à la maternelle en classe régulière.

Je me suis enfermée dans un monde parallèle avec elle. J’ai vécu pour elle. Mon fils était là, je l’intégrais dans tout ce que je faisais, mais mon attention n’était pas sur lui. Il n’avait pas besoin de moi, il allait bien, lui. Elle, elle avait besoin de moi. Mes interventions étaient rarement au point, je me trouvais vraiment incompétente face à ma fille, mais je refusais d’abdiquer. J’ai essayé les remèdes, les cures, les techniques, name it. Toujours le même constat. Des améliorations partielles, parfois considérables, mais pas suffisamment pour crier victoire.

Un soir, j’ai compris que je ne la sauverai pas. Elle était handicapée pour le rester. C’était un double échec. Les années avaient filé, mon fils avait grandi. Il ne serait plus jamais tout petit, j’avais manqué tant de moments avec lui. Ces instants qui auraient dû être les siens ont trop souvent été gâchés par une crise ou une rigidité de sa sœur. Mes interventions auprès d’elle primaient. Je gâchais le moment, son moment. Alors que lui aurait voulu sa maman, je quittais avec ma fille le laissant aux bons soins de son papa ou de ses grands-parents. Je me croyais remplaçable. Je l’étais partiellement, pas totalement, je le sais maintenant.

Il était bien entouré, n’a manqué de rien sauf peut-être de moi. D’avoir sa maman juste à lui, toute à lui. Il aurait mérité que sa mère délègue un peu plus les besoins de sa sœur, lâche prise sur cette obsession de la sauver. Pour elle, je me croyais indispensable, irremplaçable. Je doute que je l’étais.

Mon fils ne pouvait pas me réveiller, me réconcilier avec mon rôle de mère, car j’étais persuadée que cette situation était temporaire. Un jour j’allais avoir le temps. Un jour j’allais pouvoir me diviser entre eux équitablement. Un jour sa sœur ne ferait plus de crises, ne serait plus aussi rigide.

Ce jour-là n’arrivera jamais. Les besoins de ma fille sont encore là. Ils ne disparaîtront pas. J’ai dû accepter ce constat pour me retirer la charge de son sauvetage et en venir à l’évidence que personne n’aurait pu lui retirer ses diagnostics. Je n’étais pas une mère incompétente, c’est elle qui était différente.

Je ne reviendrai pas en arrière pour reprendre ce temps avec mon fils alors qu’il était petit. Ces moments ils sont perdus, ils ne reviendront plus. C’est un deuil que j’ai dû faire pour me permettre de vivre autre chose et d’avoir une relation très différente avec Livia qui est entrée dans notre famille alors que j’étais sortie de mon obsession de guérir mon aînée.   

Justin n’était pas moins extraordinaire que Livia, c’est simplement que ma cadette est arrivée à un moment où j’avais l’ouverture nécessaire pour voir la réalité et l’accepter.