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Passer de la maison de naissance à un accouchement médicalisé

Crédit photo : 5.6 PHOTO STUDIO TORTOSA/Shutterstock
 Passer de la maison de naissance à un accouchement médicalisé
Confession : je fais partie de celles qui ont lu Une naissance heureuse : bien vivre sa grossesse et son accouchement, qui voulaient accoucher sans péridurale et qui rêvaient de voir leur bébé naissant escalader leur sein pour une première tétée.

Quand on me disait de me préparer à toute éventualité, incluant une césarienne, je refusais d’entendre. Je me disais que ma grossesse se passait super bien, que j'étais en en santé, que ma fille était parfaite et qu'on formait la meilleure équipe du monde. Il n’y avait aucune raison que j’aie à vivre une césarienne. 

J’ai perdu les eaux un vendredi matin, enceinte de 41 semaines et 5 jours. Enfin! Si j’étais rassurée sur le fait que je ne serais pas enceinte pour le reste de ma vie (oui, je commençais à le croire), j’étais un peu moins emballée de n’avoir aucune contraction. Je vous épargne les 36 premières heures de mon accouchement, où avec l’aide de mes sages-femmes et à coups de relaxation, d’herbes à boire, de strippings, de compresses d’huile de ricin, d’interminables séances de tire-lait, de course même, j’ai attendu des contractions qui ne sont jamais venues.

Lors de mon transfert à l’hôpital, j’étais en paix avec le fait que je n’aurais pas un accouchement naturel. Je sentais que mon bébé voulait naître, et il fallait bien en finir avec cette histoire de grossesse pour passer aux choses sérieuses. Mais la réalité m’a frappée en plein visage en arrivant dans la chambre remplie de machines. C’est un hôpital! Je suis une patiente! Un peu comme une malade. Vingt minutes plus tard, j’étais en jaquette d’hôpital, j’avais trois fils branchés après moi et l’infirmière m’a tellement fait mal en me faisant un toucher que j’ai lâché un sacre bien senti. On était loin de la maison de naissance.

Les contractions sont arrivées avec le pitocin. Accoucher dans un hôpital ne me faisait pas plaisir finalement. Le ballon, c’était une infirmière qui tenait le moniteur sur mon ventre et les mille fils pendant que je sautillais dans un coin. Le bain, c’était faire attendre l’infirmier qui devait me brancher sur un autre fil. On m’a conseillé de ne pas prendre l’épidurale trop tôt pour ne pas ralentir le travail. Mon chum commençait à devenir incohérent de fatigue. Ça faisait deux heures que les contractions étaient douloureuses, c’était bien assez. À ce stade, il n’y avait aucune raison de continuer à résister à un accouchement médicalisé. J’ai abdiqué : « Je suis une patiente, branchez-moi sur deux autres machines, je resterai immobile dans mon lit. Vive l’épidurale! »

Après une nuit de pitocin, mon col n’avait toujours pas travaillé : direction le bloc opératoire, il était temps de sortir ce bébé. On m’a sortie de la chambre entourée de mille personnes. Je paniquais, mon cœur battait fort. Tout se passait tellement vite. On m’a dit que j’allais sentir de la pression, mais ce que je ressentais était tellement étrange que j’avais de la difficulté à croire que ça puisse être normal. Ça tirait de partout, je me sentais comme une flaque de liquide.

Finalement, après les plus longues vingt minutes de ma vie, j’ai entendu un grand cri et j’ai vu mon bébé, forme étoilée qui a volé jusqu’à la table à mon côté. Nous étions en vie toutes les deux, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Exactement 48 h après avoir perdu les eaux, mon bébé était enfin là.