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Mon accouchement catastrophe un an plus tard

Crédit photo : Carolane Stratis
Mon accouchement catastrophe un an plus tard
Je suis en France depuis une semaine et on n’arrête pas de me narguer avec le fait que je commence souvent mes phrases par : « Quand j’ai accouché dans ma salle de bain... » Bon, c’est sûr que c’est un tic de langage qui se démarque, encore plus avec mon accent, disons. Mais la blessure et le traumatisme, ils sont encore là, et je veux me donner le droit d’en parler autant que je le veux.
 
Mon fils Marcel a un an aujourd’hui et je me dis souvent que son début de vie a été rock and roll… pour sa mère. À commencer par la grossesse sous stérilet de cuivre allant à l’accouchement express de quinze minutes, seule avec mon conjoint dans la salle de bain de mon ancien appart. Puis il y a eu mon anémie grave, l’allaitement catastrophe, l’intrusion à domicile pendant qu’on était à la maison, l'écriture du deuxième livre de TPL aux Éditions Cardinal, le fait qu'il est impossible de disparaître d’Internet pendant longtemps pour ne pas se faire oublier, recommencer à travailler quand Marcel avait 6 mois, notre déménagement post tempête du siècle de mars, les contrats qui tombent tous en même temps... Disons-le, je n’ai pas pris le temps de faire la paix à 100 % avec mon accouchement.
 
Mon fils Marcel a huit dents, il se tient debout, se promène sur ses genoux depuis déjà quelques mois. Il a dit « Papa » avant « Maman », même s’il a fini par le dire (jamais vraiment devant moi, m'enfin), et j’ai pleuré. Mon petit poulet, mon gros doudou, mon Marcelou me fait presque oublier comment j’ai eu peur le 13 juillet 2016, mais je ne peux pas encore écarter du revers de la main le souvenir de ma voix qui crie de toutes mes forces pour sortir rapidement ces 8 livres d’amour qui ne voulaient pas attendre pour sortir.
 Succès souvenir! Regardez ma face voir si je suis contente d'avoir accouché rapidement!
Crédit : Fabien Loszach 

J’ai entendu des histoires terribles d’accouchements qui se sont passés encore plus mal, qui ont fini plus mal aussi. Je ne suis quand même pas capable de comparer ces histoires avec la mienne. J’ai trop d’empathie. Mais c’est juste difficile de se guérir et de se comparer au malheur des autres.

Certains ont maudit que j’en parle et que ça m’arrive. D'autres m'ont dit que ça tombait bien parce que je pouvais raconter mon histoire, que ça ferait des pages vues sur le site. On m’a dit que j’étais chanceuse, parce que des femmes prennent 36 heures pour accoucher.

Même si mes blessures et moi, on se trouve chanceuses d’avoir accouché d’un enfant en santé, éveillé et merveilleux, un an plus tard, j’ai envie de dire que je me donne le droit d’avoir encore peur comme cette nuit du 13 juillet et de commencer mes phrases par « quand j’ai accouché dans ma salle de bain... »
 
Un jour j’aurai complètement fait la paix avec ce qui m’est arrivé, entre-temps, Marcel souffle sa première bougie sur son gâteau Saint-Honoré, et je me rappelle qu’il est encore temps de le prendre pour oublier un peu ce qui s’est passé.