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Cette adolescence que je n'ai pas aimée

Crédit photo : Simon Rae/Unsplash
Cette adolescence que je n'ai pas aimée
Dernièrement, j'ai eu une conversation avec la maman d'une ado. Elle était inquiète des récents comportements adoptés par celle-ci. Elle décrivait sa fille comme une bonne enfant, mais le manque de liberté la poussait à prendre la fuite ces derniers temps.

Ce scénario m'est commun. Tout au long de mon adolescence, j'ai eu beaucoup de chocs à gérer. Le choc culturel de mes parents et, par conséquent, le mien. Le choc de découverte d'autres mentalités que celles qui m'avaient été inculquées quand ont étaient petits. Mais surtout et avant, tout le choc de voir notre petite famille se dissoudre sous l'emprise d'un trop gros nombre de facteurs.
 
Mes parents ont fait du mieux qu'ils ont pu. N'empêche que leur bagage de solutions était en besoin d'adaptation pour affronter les enjeux en lien avec la nouvelle société qu'ils avaient décidé d'intégrer. Ils vacillaient entre la discipline pure et dure, et la tentative de lien d'amitié. D'une façon ou d'une autre ils m'ont aidée, en particulier ma mère. 

Lorsque j'ai pris les pires décisions de ma vie, que j'ai plané si loin que je n'avais qu'une envie : atterrir, et que j'ai eu peur de ce que je devenais, j'ai toujours pu me tourner vers elle. Je lui ai confié des choses qui allaient à l'encontre des valeurs dans lesquelles elle nous avait élevés. Elle a su mettre son opinion de côté pour pouvoir me venir en aide. Plus tard, j'ai su qu'en intervention on appelle cela de l'empathie et du savoir-être. Bref, ce fut elle ma bouée.

Mon adolescence est la période de ma vie où j'ai été le plus blessée. Longtemps j'en ai voulu à l'humanité d'être ce qu'elle est, jusqu'au jour où j'ai décidé de me servir de mon vécu pour aider les autres. En intervention, on appelle cela de la résilience. Elle a donné un sens à ma vie. Il n'y a rien de plus gratifiant que de faire du bien et d'aider autrui. Le soir, on se couche sur nos deux oreilles et on sait qu'aujourd'hui, grâce à nous, quelqu'un va un peu mieux, même si c'est juste un tout petit peu. Ça prend des milliards de grains de sable pour faire une plage après tout.

Lorsque j'étais devenue adulte, ma mère m'a confirmé qu'elle a défendu mes intérêts au détriment de sa relation avec mon père. Heureusement, ils se sont retrouvés plus tard, mais elle m'a toujours dit qu'on était au rang numéro un de ses priorités ; une vraie battante ma maman. 

Des personnes que j'ai côtoyées au secondaire, peu nombreuses sont celles qui ont un parcours qui ressemble au mien et j'attribue ces réussites, si ordinaires soient-elles aux yeux de certains, à l'amour de mes parents. Parce que se savoir aimé inconditionnellement donne un ligne directrice et précieuse à un enfant, à un adulte, à un humain quoi. Avoir un chez-soi permet à un être de savoir où retourner, tant humilié par la vie soit-il. Là est la vraie valeur de la famille selon moi.

Tout cela pour dire que si votre ado est un peu perdu, lui offrir un endroit où il sera toujours accueilli est très important pour l'aider à se retrouver. Offrir une oreille qui est prête à l'écouter (sans tourner le contenu qu'il vous a confié contre lui plus tard) inconditionnellement est le plus beau cadeau qu'un parent puisse offrir. Malgré les difficultés que j'ai rencontrées, j'avais toujours cette petite voix au fond de moi qui me disais : « Tu n'es pas comme ça, tu vaux mieux que ça », et cette petite voix c'était la voix de mes parents, de ma famille. Je le sais maintenant. 

Aujourd'hui devenue maman, je m'efforce d'en faire autant. Bien sûr, les enjeux sont et seront tout autre, mais j'essaierai de mon mieux d'imiter mes parents dans leur volonté à nous offrir le meilleur de ce monde, lutter pour atteindre l'inatteignable, aider autrui comme nous avons été aidés et surtout aimer comme on aime être aimés. 

Aujourd'hui, mon adolescence, je la vois comme l'expérience que j'ai et qui me sert d'outil pour mieux aider autrui. Je sais aussi que je m'en suis sortie grâce à l'amour de ceux qui m'entourent. Merci papa et merci maman de m'aimer comme vous le faites si bien.