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Mon accouchement inespéré : Quand l'imprévisible survient

Crédit photo : Ana Gonzalez /@agphotographie_
Mon accouchement inespéré : Quand l'imprévisible survient
Avez-vous lu la première partie? Faites-le ici.

Je me suis rapidement retrouvée sur une civière à regarder une infirmière s’acharner pour installer mon soluté. Je devais rester calme, tâche difficile à effectuer quand on est au triage des naissances.

Lorsqu’une jeune dame est entrée dans la salle en criant qu’elle regrettait d’être enceinte parce qu’elle avait « TROP MAL » et de « SVP LA SORTIR DE LÀ », mon moniteur cardiaque a enregistré une accélération du rythme cardiaque. On m’a donc placée dans une chambre isolée et tranquille, sans droit de visite. Je ne devais pas me lever non plus, ce qui m’a donné droit à une sonde dont l'installation est atrocement douloureuse. 

Jusque-là je pensais que mon expérience serait douloureuse, mais rapide. J’ai perdu cet espoir après 24 heures d’attente et de tentatives de déclenchement non fructueuses. J’ai passé par le ballonnet, la rupture des eaux et de nombreux touchers tout aussi agréables les uns que les autres. Niet, ça ne fonctionnait pas. Ça ne serait ni rapide ni agréable.

Le médicament servant à provoquer ne fonctionnait pas sur mon corps. Je n'étais pas dilatée, ma pression était toujours farfelue. Ça commençait à devenir inquiétant. J’ai demandé une césarienne et on m’a fait comprendre que c’était l’option la moins safe pour ma petite et moi étant donné que mon cœur jouait au yo-yo.

48 heures plus tard, toujours rien ne se produisait. Mon dos n’en pouvait plus et ma faim encore moins. Mon chum est allé chercher du McDo en cachette, et je l'ai englouti aussitôt. Une des bonnes choses dans le processus que j'ai vécu est que j’ai eu l’épidurale assez tôt pour ne pas que la douleur fasse augmenter ma pression cardiaque, sauf que quand les vraies contractions ont commencé, vous savez, les grosses, on devait me redonner une dose et... l’anesthésiste était pris ailleurs.

60 heures plus tard, dilatée à deux et avec quelques contractions ici et là, on se rendait à l’évidence qu'une césarienne devenait envisageable. La peur commençait à monter et à me faire imaginer toutes sortes de scénarios tragiques...

Et si je ne rencontrais jamais ma fille?
Et si mon chum repartait seul avec elle?
Et s’il lui arrivait quelque chose à elle à cause de moi?

70 heures plus tard, l’équipe médicale est venue nous voir pour nous annoncer qu’on attendrait midi pour m’amener en salle d'opération. Il était aux alentours de 9 h 30 du matin. J’ai senti une boule de chaleur envahir tout mon corps. Un gros sentiment de peur et de refus m’envahissait. Je ne voulais pas prendre ce risque. Je ne pouvais pas. 

Scientifiquement, ça n’a pas de sens, je le sais, mais je suis certaine que notre enfant a senti mon corps réagir si fort que par instinct de survie, elle a enclenché sa venue au monde.

Quand l’infirmière est venue faire un dernier check-up avant que j’aille en salle d’opération, elle a constaté que j’étais très dilatée et aux prises avec de grosses contractions. Comble de la contradiction, elle a dû me demander de me retenir, car Amelia arrivait en fusée. Vous savez, en pose Superman quand il vole de la terre vers l’Univers. Elle, c’était le chemin inverse.

Elle est née 17 minutes plus tard, à 11 h 53 am, soit 7 minutes avant qu’on m’amène me faire opérer, ce que visiblement nous ne voulions pas toutes les deux. Petite, mais vigoureuse, elle pesait 4,5 lb et a eu une prescription pour lui restreindre ses boires, ma petite gloutonne. Les infirmières rigolaient tellement là-dessus. 

Nous avons été séparées six jours, car j’étais mal en point côté pression. Je devais me reposer et laisser mon cœur reprendre son cours normal. Ce fut les six jours les plus longs et durs à accepter de ma vie. Les vingt minutes que nous avions passées ensemble ont laissé un grand vide dans mon cœur de nouvelle maman, mais j'ai compris que pour prendre soin d’elle, je devrais passer par là d'abord. De toute manière, je n’avais pas le choix, car elle ne pouvait quitter son incubateur avant d’avoir atteint 6 lb. 

Le vendredi, on l’amena enfin dans ma chambre. J’ai passé l’après-midi à l’observer dormir. Nous avons quitté la maternité tous les trois le samedi, épuisés, mais heureux. Rendue à la maison, j’ai éclaté en sanglots. C’est comme si à ce moment j’ai réalisé à quel point nous étions chanceux d’être rentrés saines et sauves.

Je tiens à remercier les membres de l’équipe qui m’ont aidée et soutenue. J’ai vraiment rencontré des gens dévoués et remarquables. Ma petite déborde de santé, mon état est stable, et nous formons une famille heureuse avec ce petit bourgeon qui devient de jour en jour une plus belle fleur.

Comme quoi l’imprévisible peut aussi bien se terminer bien! 

Dans tous les cas, merci la vie!