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Le backlash de #MeToo me rend furieuse

Crédit photo : pixel2013/Pixabay
Le backlash de #MeToo me rend furieuse
Je suis en colère. Parce que depuis les mouvements #AgressionNonDénoncée et #MeToo, enfin la notion de consentement dans les rapports humains est devenue un sujet de discussion dans les chaumières. La question des liens entre le désir, la séduction et les rapports de pouvoir a été soulevée sur plusieurs tribunes, (par Lili Boisvert, notamment) mais la réflexion ne semble pas se poursuivre au-delà des cercles féministes.
 
J’ai la haine parce que lorsqu’arrivent les courageuses dénonciations de Weinstein, de Rozon et d'autres prédateurs, nous avons droit aux revendications moyenâgeuses quant à la supposée « liberté d'être importunées ». Lorsqu’une femme exprime que sa date a manqué de considération et que son consentement n’a pas été respecté par Ansari, il se trouve des personnes pour invalider son ressenti. Un ressenti et une expérience de zones grises des rapports humains dans lesquels une majorité de femmes se sont reconnues.
 
Arrêtez-moi le #NotAllMen s’il-vous-plaît. Dois-je vraiment réaffirmer que je n’en ai pas contre les hommes? J'en apprécie certains personnellement. #Ironie Lorsque je suis en colère contre mon conjoint, c’est souvent au système qui l’a socialisé de la sorte que j’en veux. Je constate l’écart de nos expériences, de nos manières de concevoir la réalité, des réflexes dans quelconques situations. Je constate qu’il ne saura jamais ce que les femmes ressentent lorsque leurs choix sont mis sans cesse en doute, lorsque la peur d’être blessées par des hommes dicte leurs agissements quotidiennement.

Et, encore une fois, je réalise qu’il est bon être un homme dans notre société. Qu’à moins d’être un violeur (et il se trouvera des personnes et un système de justice pour le défendre), le genre masculin questionnera rarement ses comportements.
 
De notre côté, les oppressions patriarcales s'immiscent dans notre vécu, nos émotions, nos pensées et nos actions. La société nous dit que nous valons moins et que, conséquemment, nous devons espérer moins et se définir collectivement dans une société qui n'est pas faite, construite et pensée égalitairement pour nous.

J’ai la haine, car lorsque nous prenons la parole publiquement pour engager une réflexion, une discussion ou dénoncer ces oppressions que vivent les personnes se revendiquant du genre féminin, nous sommes perçues comme des enragées.
 
Nadia Daam ironise : « Sinon, vous les avez vues vous, dans les rues, ces hordes de femmes armées de fourches, l’écume aux lèvres, en quête de pénis à dépecer et à déguster en brochettes? Et l’alerte enlèvement sur la drague, on a des nouvelles? Il paraît même que des hommes sont envoyés à l’abattoir, virés de leur job, voire, jetés en prison après une dénonciation calomnieuse sur Twitter. »

Pourtant, des personnes sont assassinées parce qu'elles naissent avec un sexe spécifique qui leur est assigné, encore plus les personnes racisées, transgenres, queer et davantage les femmes autochtones. Elles sont violées. Au mieux, elles vivent de la discrimination et du harcèlement chaque jour : au travail, dans la rue, chez elles, dans leur intimité.

Mais il y en a pour affirmer que le mouvement #MeToo a des dérives extrêmes qu’il faut contenir. J’ai la haine contre les misogynes qui nous accusent de misandrie et de feminazies alors que nous souhaitons adresser les réalités des femmes dans leur forme véritable et intrinsèquement inégalitaire. Alors que nous souhaitons continuer notre marche ensemble vers le changement et que tous et toutes soient considéré.e.s comme des humains ayant des droits égaux.

Les initiatives telles #MeToo, #EtMaintenant, les manifestations en faveur des droits des femmes (notamment la marche de ce samedi à Montréal), la consultation et la tournée à venir de la Table de concertation contre le racisme systémique sont toutes des actions collectives qui me donnent espoir et amenuise cette colère.

Pour qu'enfin nous accédions ensemble, comme le dit si bien Leïla Slimani, à « un monde plus juste, où l’espace de l’amour, de la jouissance, des jeux de la séduction ne seront que plus beaux et plus amples. À un point qu’on n’imagine même pas encore. »