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C'est ainsi que j'ai perdu ma maman

Crédit photo : Yenmy Revolorio, Ana Gonzalez
C'est ainsi que j'ai perdu ma maman
On savait que cela arriverait. Tellement de gens nous l’ont dit et répété : il ne reste plus rien à faire, elle partira dans son sommeil, le but est qu’elle souffre le moins possible.  Chaque fois, elle pleurait. Moi, je cachais mon impuissance, mais elle la percevait quand même ; elle me connaissait trop bien.
 
On avait prévu l’avoir six mois avec nous, la vie en a décidé autrement. On ira au chalet en juin, c’est ce qu’elle aurait voulu.
 
Je me suis longuement demandé, pour mieux l’assister, comment cela se passerait à la toute fin, le passage vers la mort. J’ai posé beaucoup de questions et les mêmes réponses m’ont été données : on essaie qu’elle parte dans le calme et sans douleur. Elle sera dans un sommeil profond. Tout le monde autour d’elle doit être calme pour la laisser aller. Ce fut ainsi.
 
Elle désirait partir dans son lit, dans sa maison et entourée des gens qui l’aimaient vraiment. Tel fut le cas. Les personnes qui tenaient réellement à elle (et à nous) étaient là. C’est dans ces moments qu’on confirme la force de nos liens. Les enfants qu’elle a gardés tout petits et qui sont aujourd’hui au début de leur vie d’adulte, ses quatre meilleures amies incluant ma belle-sœur qui, malgré une séparation de sept ans avec mon frère, ne l’a jamais lâchée, ses enfants et petits-enfants et bien sûr son mari (notre père), l’amour de sa vie, étaient là.
 
J’ai vu beaucoup de choses durant ces cinq jours et nuits. De l’amour, de l’inquiétude, de la force, de l’empathie, de la peur, de l’angoisse, de l’impuissance et du lâcher-prise.  C’est à ce moment qu’elle nous a quittés, lorsqu’on était tous calmes et résignés. Quand on a accepté de dormir et de manger, et surtout, quand on lui a dit d’aller en paix, de ne pas s’en faire pour nous. Les infirmières des soins palliatifs avaient raison.
 
Endormie, dans un calme maintenu par les médicaments que nous lui procurions grâce à l’enseignement de l’équipe des soins palliatifs et en prenant une longue inspiration. C’est ainsi j’ai perdu ma maman, en fait, son corps, car elle existera toujours dans mes pensées, mes souvenirs, ses enseignements, sa façon de voir la vie et d’aimer autrui. La maladie a pris son corps, mais elle vivra à jamais avec nous à travers tout cela.
 
Je souffre et je regrette son départ certes, mais j’ai la tranquillité de savoir qu’elle ne souffre plus et que son départ a été comme elle l’a demandé grâce à bien des gens que je tiens à remercier publiquement :  l’équipe médicale en oncologie de HMR et surtout Dr Leblanc, l’équipe de néphrologie, de soins palliatifs et le SAD du CLSC surtout Nathalie et Charlène. J’ai connu des gens dévoués et sensibles, des humains quoi. Continuez votre beau travail et merci au nom de nous tous.