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À boutte des mères à boutte

Crédit photo : Justin Aikin/Unsplash
À boutte des mères à boutte
J'ai parfois l'impression d'être une vieille cassette. J'ai l'impression de toujours répéter les mêmes affaires, mais câline que ça n'a pas l'air de faire son p'tit bout de chemin. Je vous parle bien sûr du populaire phénomène des « mères à boutte » qui a pris d'assaut le Québec dans les derniers mois.

Les mamans dépassées su'l vino sont maintenant aussi nombreuses et omniprésentes que les mautadits humoristes... Je me questionne quotidiennement face à cet intérêt pour des femmes qui ont l'air tellement à bout de leur vie. J'en parle encore aujourd'hui, car je viens de voir la publicité pour la nouvelle émission Mères à boutte sur la chaîne Canal Vie. On la qualifie de docu-réalité et ça me fait un peu peur. Dans ma tête, ça entre dans la même catégorie que Barmaids, et je trouve que c'est un terrain pas mal glissant. 

Je ne peux m'avancer sur le contenu de l'émission, car je n'en ai vu aucune image. Par contre, je ne peux m'empêcher d'être solidement inquiète par le message véhiculé par toute cette promotion de ces mamans vedettes. Au-delà d'être submergées par le ménage, le lavage et tout le tralala qui vient avec la maternité, il nous faut attaquer les vrais problèmes et arrêter de nous mettre la tête dans le sable.

Quand j'entends certaines de ces femmes culpabiliser et se traiter de « folle », ça me fait un peu tilter, car on évite ainsi d'aborder le sujet de la charge mentale. C'est pas mal moins glam d'énoncer qu'il y a un réel problème dans beaucoup de foyers québécois et qu'il est primordial de le nommer en utilisant les vrais mots. C'est dangereux de tomber dans le cliché de la maternité maudite et amère alors qu'elle peut être très belle et douce à la fois. Ça me fait sourciller chaque fois que je vois un meme partagé dans les médias sociaux qui met en scène une femme qui boit un verre de vin tous les jours de la semaine afin de trouver un p'tit moment de bonheur.

J'éprouve beaucoup de difficulté à me retrouver dans les blogues destinés aux mamans dernièrement. Soit on y retrouve des mamans plus que parfaites ou d'autres qui se vantent d'être indignes. Qu'en est-il de la majorité d'entre nous qui sommes mamans sans artifices?

Je remarque que les femmes sont rassurées de réaliser qu'elles ne sont pas seules dans leur détresse maternelle et que ça leur fait du bien de taguer leurs chums de filles dans des publications à ce propos. Sauf qu'à part de mettre un Emoji de rire aux larmes, quel geste concret pouvons-nous faire afin que ces nombreuses femmes puissent atténuer ce sentiment de désarroi parental? C'est bien beau la solidarité, mais il me semble que trouver des solutions et déconstruire les rôles des parents afin de rendre le tout équitable pourrait être encore plus cool non?
Crédit : Giphy

Si je n'avais pas d'enfants, je remettrais sérieusement ce désir en doute en voyant tous les inconvénients énumérés par ces mères dites imparfaites qui semblent toujours au bout du rouleau et en couple avec de vrais tatas qui « gardent » leurs propres enfants. Je m'excuse, mais j'en ai ras le pompom de ces sketchs cheaps qui mettent en vedette des parents incompatibles et incompétents.

J'espère sincèrement que cette nouvelle émission saura démontrer avec intelligence tous les côtés de la parentalité. Malheureusement, il faudra m'en convaincre. Comme la télé au Québec est beige, le casting de ce nouveau programme l'est tout autant. Des mères au profil homogène de par leur image projetée. On semble oublier que notre province est multiculturelle et que la maternité ne touche pas que les trentenaires blanches relativement aisées et éduquées.

Bref, j'ai peine à croire que je sois encore obligée de parler de cette "mères à boutte"-mania qui me décourage toujours un peu plus chaque jour. Redonnez-moi espoir s'il-vous-plaît quelqu'un.e.

*Nous voulons mentionner que nous ne visons pas la plupart des mères par ce billet, mais nous sommes tannées du concept. Nous avons aussi été contactées pour participer à l'émission, mais nous avons décliné l'offre, car nous ne partageons pas la même vision.