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Planète Maman : Une application à petite échelle de la loi de la gravitation

Crédit photo : David Menidrey/Unsplash
Planète Maman : Une application à petite échelle de la loi de la gravitation
Je suis une planète. Oui oui. La preuve, c’est que j’ai deux satellites : Coco et Bout d’Chou.

C’est saisissant : si je ne suis pas là, qu’ils sont seuls avec Papa, alors ils dessinent, jouent avec de la pâte à modeler ou regardent un livre pendant que Papa cuisine, fait la vaisselle ou même — oui! — boit un café.

Rien à voir à ce qui se passe quand je suis là. Dès que je pose un pied dans la maison, ils sont irrésistiblement attirés vers moi. Ils entrent en orbite. On n’entend plus que des « Maman! » Ils grimpent sur moi tous les deux en même temps. Ils me parlent simultanément. Si j’en réprimande un, l’autre est pris du besoin irrépressible de me raconter une anecdote, de me poser une question. Si l’un se fait mal et vient se coller, l’autre s’empresse de quémander un câlin à son tour.
Crédit : Giphy

C’est comme ça tout le temps, pour tout. C’est vers moi qu’ils se tournent pour les solutions aux problèmes, aux querelles. Ce sont mes bras qu’ils réclament quand le bobo fait trop mal, le cauchemar trop peur. C’est ma main qu’ils demandent pour traverser la rue. C’est à côté de moi qu’ils s’assoient aux repas. C’est à moi qu’ils s’adressent s’ils ont quelque chose à demander — que je sois ou non dans la pièce. C’est moi qu’ils exigent pour brosser les dents, lire l’histoire et chanter la berceuse. C’est mon nom qu'ils appellent quand ils se réveillent la nuit.

Si je sors, ils veulent m’accompagner. Si c’est impossible, leur cœur se serre, leurs lèvres tremblent. Si je m’assois — ou même si je m’accroupis! —, ils s’assoient sur moi. Si je proteste, ils s’installent à mes côtés en s’assurant d’un maximum de points de contact entre leur bras et le mien. Si je me prépare pour aller travailler, ils m’interrompent toutes les cinq secondes pour que je remette un bas à l’endroit, que je mouche un nez ou que j’arbitre une discussion sur Flash McQueen.

Crédit : Giphy

Pourtant, mon chum sait tenir les mains, brosser les dents et régler les problèmes aussi bien que moi. Il essaie constamment de le faire, même. Mais Coco et Bout d’Chou refusent, quand ils ne font pas carrément une crise. « Non. Je veux Maman. » On n’interfère pas avec la trajectoire d’un satellite, Papa.

Dans un sens, c’est beau, c’est grand. C’est fascinant de revêtir une telle importance pour ces petits êtres. Mais c’est vraiment lourd par bouts, aussi. C’est lourd d’être l’unique réponse à tout. Lourd de me taper les crises quand je ne me plie pas aux demandes constantes. Lourd de courir après mon souffle à longueur de journée parce que je n’ai pas le moindre moment pour prendre une pause et me souvenir que je suis une personne à part entière. Il y a des moments où j’envie vraiment mon chum. J’aimerais ça moi aussi pouvoir, disons, regarder l’heure sur ma montre sans devoir d’abord extirper mon bras de sous les enfants. 

Sauf que ce n’est pas plus facile pour mon chum. C’est lourd aussi, le rejet continuel, le sentiment d’inutilité. Il donnerait cher pour que ses enfants le réclament, lui aussi. Il aimerait bien leur tenir la main ou les consoler sans entendre mille protestations. Ce n’est pas que je voudrais que les rôles soient inversés. Je voudrais seulement un peu d’équilibre, pour changer.

Mais c’est temporaire. Le temps pousse inexorablement Coco et Bout d’Chou vers un âge où ils ne voudront plus rien savoir de moi. Et je sais qu’alors je m’ennuierai terriblement de l’époque où j’étais Planète Maman.

Alors je prends une grande respiration et je continue de tourner, avec mes satellites.
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