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La violence conjugale de ma première relation de couple

Crédit photo : Gabriel Benois/Unpslash
La violence conjugale de ma première relation de couple
À l’échographie pour connaître le sexe de notre bébé, on nous dit que c’est une fille. J’éclate en sanglots parce que j’ai si peur d’avoir un enfant de sexe féminin. J’ai surtout peur qu’elle vive des expériences de #MeToo comme les miennes, qu’elle ait une relation amoureuse malsaine, comme celle que j’ai eue au début de ma vie adulte.
 
Notre relation amoureuse a commencé innocemment, on est d’abord devenus amants puisque l’attirance physique entre nous était flagrante. Quand ma famille s’est mise à éclater de toutes parts à coups de divorce, de disputes et de secrets, j’ai fini par déménager avec lui. J’avais besoin de retrouver un lien d'appartenance, alors ma famille, c’est devenu lui.  Vulnérable émotionnellement, naïve de par mon tempérament de bonne fille qui veut aider, je l’ai laissé m’emprisonner dans cette relation.  
 
 La prison était un peu physique, mais surtout psychologique. L’illusion était si grande que je croyais que j’étais sa propriété, que je n’étais rien sans lui, que j’étais nulle et surtout que je ne pouvais pas l’abandonner sous aucun prétexte. Comment laisser quelqu’un qui a vécu tant de traumatismes dans sa vie : le génocide, l’assassinat de ses parents et les maisons d’accueil où on le maltraitait. Sa douleur était palpable et ses cauchemars de guerre récurrents. Je ressentais de la compassion et de l’amour pour lui, mais j’avais aussi peur de ses crises de violence.  Avec le recul, je réalise que son passé peut expliquer ses comportements violents, mais je n’avais pas à les accepter.
 
Je n’oublie pas les paroles blessantes qu’il me crachait jusqu’à ce que je pleure. Je n’oublie pas qu’il m’utilisait pour le sexe, sans mon consentement. Je suis devenue insensible, j’ai appris à quitter mon corps, à attendre que tout soit fini. Je n’oublie pas les dernières nuits, où la violence physique était à son apogée, où il bloquait la porte de tout son corps pour que je ne sorte pas et qu’il m’étranglait.    

Mon corps n’oublie pas et j’ai de la difficulté à vivre pleinement ma relation actuelle. Parfois, quand je suis dans le métro et qu’il y a un homme qui lui ressemble physiquement, je fige, mon cœur se met à battre vite, les paumes de mes mains deviennent moites. Je revis le même traumatisme que dans cette foutue chambre fermée. Quand je vois dans les nouvelles le cas d’une jeune fille qui est morte étranglée par son copain, je me dis que j’étais peut-être à deux doigts d’être elle. 
 
Avec tout ça, je devrais détester mon ex, mais ce n’est pas le cas. Je l’ai aussi aimé. Nous avons eu de bons moments. Je me donne le droit de laisser les bons et les mauvais souvenirs vivre dans ma mémoire. Je me donne le droit de tout lui pardonner. Pour mon processus de guérison , j'ai décidé de tout lui pardonner. Mon pardon n'excuse en rien ses actes répréhensibles. Je veux juste ENFIN me sentir libre. J’ai pardonné, mais je n’ai pas oublié.

NDLR
Si vous ou un de vos proches vivez de la violence conjugale, des ressources existent pour vous aider.
SOS violence conjugale
1 800 363-9010
24 heures sur 24 / 7 jours sur 7