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Enfant unique, enfant roi... vraiment?

Crédit photo : Snapware/Pexels
Enfant unique, enfant roi... vraiment?
On a tou.te.s déjà eu cette désagréable impression de se faire juger. Les gens ne savent bien souvent rien de notre réalité, de notre situation. Ils se basent sur de vieux clichés ou sur des pensées magiques et disent haut et fort ce qui devrait rester au fond de leur tête.
 
Chaque famille doit susciter son lot de commentaires, selon sa situation. Pour ma part, ceux qui reviennent le plus souvent sont sur le fait que notre famille ne se compose que d’un enfant. On m’a longtemps demandé à quand le petit deuxième, sans savoir le mal que ça me faisait. Puis quand on a vu que les années passaient, la remarque s’est transformée en questionnement. Les gens cherchaient constamment à savoir - de manière subtile ou pas - pourquoi j’ai choisi de ne pas donner un frère ou une sœur à ma fille. On m’a même dit une fois : « Je croyais que tu aimais les enfants! »
 
Mais ce qui revient souvent, c’est que ma fille est sage ET enfant unique. Comme si cela était deux choses tellement contradictoires qu’il est inconcevable qu’elles puissent aller de pair. Malheureusement, bien des gens semblent avoir ce raisonnement : un enfant unique est un enfant roi. Mais après avoir côtoyé quelques heures mon enfant, c’est fou le nombre de personnes qui m’ont souligné son caractère conciliant comme si c’était magnifique et surprenant. 
Oui, je l’accorde, ma fille est aimée, choyée et gâtée. Oui, elle a bénéficié de probablement plus d’attention de notre part que si elle avait partagé son quotidien avec un frère ou sœur. J’ai même peut-être trop donné quelques fois. Je me suis aperçue à son entrée à l’école qu’elle manquait un peu de maturité et d’autonomie. J’en suis en partie responsable, et elle a travaillé fort pour arriver à ce qu’elle est aujourd’hui.
 
Malgré le fait qu’elle suscite parfois la jalousie de ses camarades (tu as des choses qu'on n'a pas, tu as fait des voyages, tu n’as pas à partager ta chambre) ma fille souffre un peu de la solitude. Elle parle régulièrement des frères et sœurs de ses amis avec une petite pointe d’envie. Elle comprend vaguement que je ne pouvais pas avoir un autre enfant, et je sais qu’elle aurait souhaité une situation différente. Une sœur avec qui partager son trampoline plutôt que d’y sauter en solo. Elle affirme même qu’elles ne se chicaneraient jamais, tellement elle serait heureuse d’avoir ce lien de sang avec un autre enfant. Intérieurement je souris, c’est si beau de rêver!
 
Parfois, j’ai peur pour elle. S’il nous arrivait quelque chose à son père et moi, ma fille serait seule au monde. Cette pensée me donne des vertiges.
 
Nous avons fait de notre mieux pour son éducation. Il y a eu des lacunes, des erreurs, et il y en aura d’autres. Mais je pense qu’on a bien pris notre rôle au sérieux et qu’on y a consacré tous les efforts possibles. On lui donne ce qu’on croit être bon pour son développement, on l'aide à être meilleure.
 
Ma fille est polie, elle aime prendre de la place, mais elle sait en laisser aux autres. Ma fille est douce et charmante, elle a toujours une parole gentille ou réconfortante. Ma fille s’intéresse à tout le monde, elle est sociable et aime écouter. Ma fille a l’esprit ouvert, elle regarde le monde avec respect et sans jugement.
 
Ma fille est une meilleure personne que je ne le serai jamais.
 

Crédit : Free-Photo/Pixabay
 
J’ai parfois des moments de fatigue où je manque de patience. Alors oui, sa petite attitude de préadolescente et ses défauts viennent me heurter. Malgré les petites bouderies, les débats et les consignes répétées, je sais qu’elle a un « bon fond », comme on dit. Je m’aperçois quand j’y porte attention que ce n'est pas si difficile, côté discipline. Une bonne discussion franche suffit à régler bien des problèmes.
 
J’ai connu des enfants qui ne sont pas polis et respectueux… des enfants qui ont un frère ou une sœur. J’ai connu également d’autres enfants, comme ma fille, qui étaient très sages. D’avoir un ou plusieurs enfants, ce n’est pas ça qui déterminera leur attitude. L’éducation, la personnalité, les valeurs et les épreuves de la vie entre autres… autant de facteurs qui jouent tellement plus sur le comportement d’un enfant et ses conséquences que le fait qu’il soit seul ou issu une fratrie.
 
La prochaine fois qu’on sous-entendra que ma fille est « bien élevée » malgré sa condition, je répondrai avec fierté que ce n’est pas un enfant roi, mais une enfant soie. Et que j’ai beaucoup de chance de l’avoir.