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Mourir de la grippe en 3 jours à 3 ans

Crédit photo : congerdesign/pixabay
Mourir de la grippe en 3 jours à 3 ans
Ça commence par une histoire tellement banale. Une petite poussée de fièvre comme en connaissent des centaines d’enfants québécois tous les jours, en ce janvier glacial. Oups, le lendemain, ça ne va pas mieux. Urgence. Diagnostic d’influenza. L’état de la petite de 3 ans est précaire, préférable de la transférer à l’Hôpital de Montréal pour enfants. On s’aperçoit que l’infection a atteint le cerveau et le foie. Transfert à Sainte-Justine. Le 17 janvier, trois jours après la première poussée de fièvre, la petite Charlotte a été déclarée en état de mort cérébral. Son petit cœur bat maintenant dans un autre corps, le tragique s’accompagnant souvent d’une petite part de beauté dans cette vie si injuste.

Vous avez probablement tous entendu l’histoire de cette petite Charlotte qui a circulé abondamment ces derniers jours. Si vous êtes comme moi, ce témoignage douloureux vous a sûrement scié en deux et fait verser des torrents de larmes. Comment un enfant de 3 ans en parfaite santé peut-il mourir en 3 jours? Mon fils vient de célébrer ses 3 ans. Il court partout. Il parle sans arrêt. Non, mais vraiment. SANS arrêt. Il rit, pleure, hurle, me déteste, puis réclame un câlin…en 5 minutes. Il commence tout juste sa vie. Il commence tout juste à raconter son histoire. Pourrait-il mourir en 3 jours lui aussi?

Charlotte n’était pas vaccinée contre la grippe. Mon fils non plus ne l’est pas. Cette nouvelle m’a donné envie de me pitcher au CLSC. Mais impossible de savoir si la vaccination aurait changé quoi que ce soit dans ce cas-ci, inutile de se taper sur la tête, ni pour la mère de Charlotte, ni pour moi, ni pour les milliers de parents dans la même situation. Quelques jours à peine avant d’apprendre cette triste nouvelle, je jasais avec une collègue dont le fils commençait une deuxième ronde d’antibiotiques pour venir à bout d’une pneumonie tenace. Son fils a testé positif au virus de la grippe alors qu’il était vacciné…

Loin de moi l’envie de partir un débat sur la vaccination. C’est essentiel, j’y crois, et mes enfants sont vaccinés. J’ai oublié le vaccin contre la grippe cette année, mais justement, c’est un vaccin un peu particulier, qu’on doit prendre chaque année, qui n’est pas offert à tous. La maudite grippe est si imprévisible. La vaccination contre la grippe est gratuite pour les mineurs qui souffrent de maladies chroniques et pour tous les enfants de 6 à 23 mois. Pour les autres, on doit payer. À 3 ans, Charlotte n’était donc déjà plus ciblée par cette mesure. La ministre de la Santé va d’ailleurs demander un avis sur la pertinence d’élargir le programme d’immunisation à d’autres clientèles.

En attendant, je ne vais pas banaliser la grippe. Je vais penser aux gens vulnérables plus qu’aux deadlines et rester à la maison quand je me sens grippée et contagieuse. Je vais être vigilante.

Prenons nos enfants dans nos bras, enfouissons nos nez dans leurs cheveux. La petite Charlotte nous rappelle encore une fois que la vie est précieuse et fragile.