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J'ai péché : je prends plaisir à habiller mon bébé

Crédit photo : Odile Brunelle Beauchemin
J'ai péché : je prends plaisir à habiller mon bébé
Quand je suis tombée enceinte, j’ai pris la décision de ne pas savoir le sexe de bébé. Il y avait là l’idée de ne pas genrer l’enfant à venir avec des stéréotypes liés à un sexe ou à l’autre. J’avais lu un passage inspirant sur la question dans un livre sur la grossesse (Une naissance heureuse d’Isabelle Brabant pour ne pas le nommer) et mon amoureux était bien zen avec l’idée de ne pas savoir. Et puis, il y avait la perspective des cadeaux et achats à venir. J’avais un peu peur de l’orgie de rose et de princesses qui arriverait chez moi si, d’aventure, c’était une petite fille qui grandissait dans mon ventre.

Bref, lorsque Bébé Poussin est arrivée, ses premiers pyjamas étaient neutres. Certains provenaient de la section garçon, la plupart étaient gris, rayés, bleus, jaunes ou verts. La chambre était grise et bleu-violet. Et il n’y avait rien qui était spécifiquement « garçon » ou « fille ».

Et ce fut une poussinette! Ça a commencé par une petite chemise avec des oiseaux, je crois. C’était un peu cher, mais si mignon avec du smocks et un col claudine. Puis la grand-maman, qui, sans jamais tomber dans la crème fouettée, les boucles à profusion et le rose, s’est mise à acheter des petits habits mode. Et un jour, quelqu’un m’a fait réaliser que j’étais une mère bien fière et que je lookais vraiment ma fille. Et j’ai commencé à me remettre en question!


Crédit : Giphy

Moi qui ne voulais pas genrer mon bébé, qui ne voulais pas tomber dans les stéréotypes, j’avais dans les bras une petite fille en robe, avec du style et un grand souci des détails... Comment j’en étais arrivée là? Je me suis regardée, puis je me suis rappelé que j’ai beau être féministe et tenir un discours contre la mode et ce qu’on attend du corps et de l’apparence des femmes, je suis aussi franchement girly. J’aime les vêtements et la créativité que je me permets en agençant tel ou tel morceau ensemble. Et j’ai toujours eu un faible pour les vêtements pour enfants avec leurs imprimés vitaminés et leurs coupes créatives. Bref, sans le vouloir, je suis devenue cette maman qui habille sa petite fille et qui joue un peu à la poupée avec elle! Pour ma défense, il m’arrive aussi de lui concocter des looks plus neutres, mais pas moins mignons et soignés. Et dans sa garde-robe, il continue à y avoir des morceaux qui proviennent de la section « garçon », comme ce petit pantalon avec des planètes ou ce pull rayé.

Mais il y a des matins où je m’en veux un peu. D’abord, parce que les vêtements de bébé, c’est cher, et que, bien que j’aie aussi une grande quantité de vêtements portés par mes nièces, sa garde-robe comprend beaucoup trop de vêtements achetés juste parce que « c’était trop mignon ». J’ai surtout l’impression d’aller contre mes valeurs féministes en lui apprenant déjà à être coquette. Puis, je me rappelle un texte d’Estelle sur les poupées de sa fille et je me dis qu’au fond, l’important pour moi, ce n’est pas tant de fuir les stéréotypes de genre, mais d’inculquer à ma fille que dans la vie, elle peut faire ce qui lui plaît et que personne ne peut l’empêcher parce que c’est une fille.

Ça vous arrive de vous sentir un peu coupable en mettant une robe ou un nœud papillon à votre bébé?